"Auschwitz 2" (2016)

"Auschwitz 2" (2016)

Installation photographique,
Tirage argentique 40 x 40 cm, collage ALU.
Édition 5 exemplaires.
©Hélène Benzacar
Hélène BENZACAR, photographe

Depuis plusieurs années maintenant, je photographie un loup. Je l’ai trouvé dans la boutique d’un taxidermiste. L’animal empaillé est proche de la momie. Figé dans la pause, préservé des ravages du temps, il rappelle l’immobilité de l’image photographique. La photographie d’un animal naturalisé est littéralement une image d’image. On a pourtant l’impression que c’est la photographie d’un animal vivant : les poils ont l’air brillant, la pose apparaît naturelle. Comme si le processus photographique avait redonné vie à l’animal empaillé. Il s’agit bien sûr d’une illusion.

Le « faire vivant » de la photographie renvoie au côté ironique de la ressemblance pour satisfaire cet ancien principe de la mimésis selon lequel la vérité de l’art (de la copie) réside dans sa capacité à tromper le spectateur.
Je laisse toujours des traces de mes mises en scènes pour contrecarrer l’illusion.

A Auschwitz, les papillons piqués sur les vêtements des adolescents avec des épingles en métal sont les discrets indices du montage. Le jaune de l’insecte n’est pas sans rappeler celui de l’étoile. Deux triangles superposés et défaits. Le papillon du taxidermiste devient un papillon vivant dans un milieu naturel. La mise en scène consiste alors, à créer les conditions de cette transformation.
La perturbation consiste, en un retournement. Un retournement, comme on retourne un gant, qui reprendra après coup son aspect initial ou comme on le fait d’une boîte dont le contenu va se déverser sur la table, pour être rangée à nouveau. L’ordre naturel est ainsi perturbé, car l’opération est à tout moment réversible. Réalité au départ, réalité à l’arrivée, même si entre les deux une mutation profonde a eu lieu, mutation dont le cliché photographique constitue le témoignage.

Ce qui compte, c’est « le sentiment de réalité », comme une fiction qui en arriverait à se rêver et à se faire vraie.

Hélène Benzacar